La braise de mes souvenirs

La braise de mes souvenirs

Une odeur voyage et voltige dans l'air pour venir chatouiller mes narines et m'inviter doucement à quitter ce doux sommeil réparateur.

La mélodie des craquements du bois bien sec, léché par les flammes qui se répandent dans le vieux poêle.

J'ouvre les yeux. Un fusil, tenu par un soldat, me fixe intensément.

D'un revers de la main, j'envoie le soldat valser sur le vieux plancher de bois.

C'était l'ultime survivant de l'armée des petits soldats verts, de cette bataille épique et sans fin née hier de mon imagination d'enfant.

C'est sur la mezzanine du chalet de mes grands-parents que je me réveille. Un grand filet de corde, suspendu au plafond, ayant capturé des décorations marines, des souvenirs de voyage et d'une vie entière, me fascine à chaque regard. Je l'observe à chacun de mes réveils et y découvre, toujours, quelque chose de nouveau.

Les mains un peu tordues, mais encore fermes, de ma grand-mère Rita font valser le bacon dans la poêle pour venir ajouter le doux arôme d'un déjeuner prometteur aux effluves du bois qui brûle et qui fait office de réveil matin.

Tout se bouscule maintenant, se mélange, sans ordre précis. Tantôt, c'est une journée ensoleillée qui débute par une chasse au trésor bien particulière. Elle consiste à soulever des pierres afin de trouver notre butin de vers de terre qui serviront à leurrer les crapets soleil ayant eu l'audace de s'approcher du quai de mon grand-père.

Ce jour-là, c'est avec patience et expérience que mon grand-père George nous aide à retirer les hameçons sans blesser les poissons qui, heureusement pour eux, ne seront pas invités pour le souper et pourront retourner nager librement dans le lac Sergent.

Cette fois, c'est une journée de pluie.

Nous sommes assis sur le patio du chalet et observons l'eau qui rebondit et fait doucement danser le lac. La pluie chante à sa façon en heurtant le toit de tôle, celui même qui nous offre sa protection et nous permet d'être témoins de ce spectacle si simple, mais si joli et apaisant.

Le parfum vanillé de la pipe de mon grand-père vient s'attacher à ce souvenir gris. Il se berce lentement en observant le lac, le regard un peu perdu, sûrement plongé dans un lointain souvenir de son passé de marin.

Puis, finalement, je me réveille une seconde fois.

Le menton me pique. C'est ma barbe qui me rappelle assez brusquement que je n'ai plus 8 ans, mais bien 45.

L'odeur qui me chatouillait les narines et me replongeait dans ces délicieux souvenirs est en réalité celle de la fumée du feu que ma femme a allumé en se levant à l'aurore, me laissant gentiment dormir.

C'est sous cette brume de nostalgie que je savoure mon café devant ce feu qui, par sa simple odeur, vient de me ramener à ces moments qui ne s'achètent pas et qui sont, aujourd'hui, si précieux.

 

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